Je ronfle, je regarde, je m’en fiche, je mène, j’écris, je surprends, je m’égare, je m’évade, je m’étends, je me salis, je croise, je téléphone, je chante, je cours, je joue, je vois, je bouillonne, je ne dis rien, je tiens, j’embrasse, je m’amuse, j’envoie, je reçois, je pétille, je drague, je perds, je me vexe, je frôle, je danse, je touche, je danse, je goûte, je danse, j’enlève, j’essaye, je me courbe, je me réveille, j’oublie, je recommence, je recommence, je recommence, je me lasse, je souffle, je travaille, je m’intéresse, je sors, je rencontre, je m’écarte, je suspecte, j’avance, je lève la tête, je fais attention, je souris, je m’évertue, je tombe, je cherche, j’espionne, je bats, j’enquête, je cogne, je trouve, j’aborde, je trébuche, je reprends, je persévère, je tisse, je crois, je serre, je charme, j’échange, je m’attache, je revois, je m’emballe, je ressens, je tremble, j’espère, je revois, je m’embrase, j’aime, je sens, je tourne, je pleure, je ris, je confie, je pleure, je ris, je m’obstine, je m’impatiente, je dis, je me méprends, je comprends, je me brise, je pleure, je pleure, je bouffe, j’erre, j’y pense,je pleure, je m’énerve, je fuis, je frappe, j’y pense, je pleure, je ferme tout, j’y pense, je pleure, je chiale, je broie, je réessaye, je capitule, je me fige, j’en parle, je répète, je lasse, j’y pense,je pleure, je gueule, je tombe, je me frappe, je m’émiette, j’y pense, je pleure, je gis, j’ai froid, je renifle, je crie, je vomis, j’y pense, je pleure, je m’effondre, je rejette, je m’isole, je veux, je griffe, je me jette, j’ai mal, j’imagine, je pleure, je secoue, je risque, je taille, je fais peur, je me fais peur, je me cache, j’angoisse, je claque, je reste, je bois, je baise, je pleure, je sniffe, j’exulte, je déconne, j’éclate, je sanglote, je provoque, je gène, je me regarde, je réagis, je m’habille, je me coiffe, je pleure, je me coiffe, j’empoigne, j’appelle, je fais confiance, je laisse aller, j’accepte, je résiste, je me morfonds, je me recoiffe, j’essaye, j’hésite, je sors, je rentre, je refuse, j’énerve, je prends sur moi, je sors, je m’amuse, j’écoute, je pleure, je mords, j’enlace, j’apprécie, je m’affale, je suis, je m’étonne, je jette, je m’excuse, je me dégoûte, je pleure, j’y pense, je lis, je marche, j’achète, je rencontre, je souris, j’essaye, je rate, j’apprends, je soigne, je plais, je ne veux pas, je réalise, j’efface, je m’en veux, j’avance, je flâne, je me passionne, je change, je sympathise, je doute, je me raisonne, je guéris, je réussis, j’oublie, je vis !
samedi 20 juin 2009
samedi 6 juin 2009
Le masque de l'effroi
Ce n’était vraiment pas le jour. Ma voisine m’avait sauté à la gorge de bon matin, j’avais dû repousser deux témoins de Jéhovah mal coiffés, un rat avait élu domicile dans mes pantoufles, j’avais confondu dentifrice avec mousse à raser, et par-dessus tout, je n’avais plus de café.
J’attendais le tram. Comme tout le monde. Comme trop de monde. C’était jour de grève, seulement une rame sur deux circulait. Le tram arrive, les gens se ruent sur les portes, obligeant ceux qui désirent descendre à des sorties acrobatiques. Notamment, une mamie s’en sort admirablement bien, transformant son sac en arme blanche, s’extirpant rapidement du chaos humain, sans masquer une certaine satisfaction.
Je ne suis pas d’humeur à jouer des coudes, je prendrai donc le prochain. A côté de moi, un couple d’une cinquantaine d’années se résigne également. Je n’y prête guère attention, jusqu’à ce que j’entende le mari crier « assied toi là ! » d’un ton que je n’oserai pas même employer sur mon cocker. La femme s’exécute.
D’une curiosité de badaud, je retire mes écouteurs et tend l’oreille. J’ai du mal à discerner leur conversation, deux greluches de 15 ans entre nous gloussent en cris aigus et stridents. J’entends juste une phrase de l’homme : « je t’aurai frappé pour ça ! ». Aucune plaisanterie dans cette voix là. Le femme, toute habillée en noir, tête basse, les traits marqués par l’avilissement, le visage fermée, le regard éteint, ne bronche pas.
Elle est écrasée. Complètement écrasée, ramassée sur elle-même, le dos comme ployant sous une masse invisible. Je cherche son regard, espérant lui communiquer une vague de soutien, ne serait-ce qu’en lui envoyant une marque d’attention, un sourire compatissant. Mais elle ne lèvera les yeux qu’une seule fois, et devant la stupeur de son expression résigné, du vide terrible que je devine, je reste figé, hélas.
Le deuxième tram arrive. Je profite de la cohue pour me glisser à côté d’eux, mais pas trop proche. Une rangée de personnes seulement m’en sépare. C’est largement suffisant pour entendre distinctement la voix tonitruante du mari. Il lui parle des actualités, de sa vie à lui, de sa vie à elle, mais toujours dans un monologue d’autosuffisance, avec une pleine assurance de lui-même. Régulièrement, elle acquiesce sans dire un mot, toujours tête baissée.
Lui est juste en face de moi. Il regarde dans ma direction ; il ne regarde pas sa femme en parlant. Je l’observe. Son ventre gras dégueule au dessus de son pantalon noir. Une veste de chasse gît misérablement des deux côtés de sa panse, il ne peut manifestement pas la fermer. Son débardeur blanc est recouvert d’une grosse chaîne en or, s’entrecroisant sous sa goule avec des poils luisants collés par la sueur.
Mais sa tête, c’est sa tête qui me captive. Joufflu, énorme, il a pourtant les traits marqués lui aussi. Mais pas de la même façon que son épouse : alors qu’elle a les rides d’une femme qui a vieillit trop vite, lui est marqué d’une autorité sévère et indiscutable. Sa lèvre inférieure, pendante, humide, énorme, me dégoûte. Je ne sais pas si il me regarde. Quand il parle, avec véhémence, j’y lis de la passion, une passion colérique et euphorique, une luxure imposée, une haine effrayante.
Quand il se tait, ses yeux se fixe. Sur moi. Je détourne la tête. Puis, je trouve la force de soutenir son regard, le temps de quelque secondes. Sa face lubrique me terrifie. Je le sens pris de tremblement imperceptible. Je dévie finalement, tétanisé par son courroux, je l’imagine fondre sur moi comme un lion affamé. A cet instant, je ne vois pas que le tram est bondé, je ne réalise pas que je ne risque rien.
Il se remet à parler, encore, des ses exploits à l’atelier de tirs. Puis subitement, il saisit avec force le poignet de sa femme, lui gueule dessus, plonge son regard dans le sien. Elle s’évanouit. Il n’en peut plus, son visage rougit, se convulsionne, puis bleuit. Il la réveille d’une grande claque dans la mâchoire. Il la tire comme un pantin, la relève, la garde empoignée. Elle, je crois l’entendre murmurer « j’ai mal ».
Je me rends compte que le tram, bien que remplie comme jamais, n’a jamais été aussi silencieux. Lui se tait également, le regard planté toujours droit, vers moi. Je ne crois pas qu’il me regarde. Le tram s’arrête, la moitié des voyageurs descendent, quelques-uns montent. Ceux-ci discutent à vive voix, s’étonnent du silence, pour discuter de plus belle. Le tram se détend peu à peu. Je reste stupéfié.
Ils descendent, finalement, à l’arrêt Gambetta. Je descends avec eux. Je ne sais pas pourquoi, mais je me mets à les suivre. Je crois que à ce moment là, je veux aider cette femme. Je ne sais pas encore comment. Peut-être en connaissant leurs adresses, je pourrais aller lui parler plus tard. Ou appeler la police. Mais non, c’est idiot, que pourrais-je leur dire ? Ce ne sont que des gens que j’ai observés dans le tram. Je suis convaincu qu’il la bat, tout le tram l’était bien sûr, mais que puis-je dire de plus ?
Il la tient toujours par le poignet, la traîne derrière lui comme un vulgaire sac de marchandises, ne la regarde même pas. Il marche bien trop vite. Elle coince ses talons dans les pavés, manque de tomber plusieurs fois, mais ne dit rien. Les passants les regarde, un peu choqués, et continuent tranquillement leurs chemins.
Après cinq minutes, ils s’arrêtent, devant un grand bâtiment aux colonnes imposantes. D’une voix calme, jovial, il lui dit simplement « c’est bon ». A ces mots, elle se redresse, arbore un sourire éclatant, se décoiffe rapidement. Elle semble alors rajeunie de 15 ans. Lui a gommé toute trace d’autorité sur son visage, a rentré sa lèvre inférieur, a adouci son regard. Ils rient forts, se congratulent, s’embrassent.
L’homme lui demande si il ne lui a pas trop fait mal, elle lui répond par un sourire gracieux. « Dites moi simplement si je suis prise » lui dit-elle. Il reste songeur un instant. « C’était très concluant, mais il me reste une audition à faire passer. Je vous rappellerai très rapidement, comptez sur moi ». Elle lui sert la main, et disparaît rapidement au coin de la rue du théâtre « Bonvoisin ».
L’homme la regarde partir, un air satisfait aux lèvres. Une autre femme arrive, habillée en noir elle aussi. « Mlle Vigneron ? » lui demande-t-il. Elle acquiesce. Sans se parler, elle comprend que l’audition a déjà commencé. Alors, son dos se courbe, son visage se ferme. Celui de l’homme se durcit, sa lèvre basse se fait plus proéminente, son regard m’effraye à nouveau. Il lui prend le poignet avec force, et lui gueule « Viens, on prend le tram ».
J’attendais le tram. Comme tout le monde. Comme trop de monde. C’était jour de grève, seulement une rame sur deux circulait. Le tram arrive, les gens se ruent sur les portes, obligeant ceux qui désirent descendre à des sorties acrobatiques. Notamment, une mamie s’en sort admirablement bien, transformant son sac en arme blanche, s’extirpant rapidement du chaos humain, sans masquer une certaine satisfaction.
Je ne suis pas d’humeur à jouer des coudes, je prendrai donc le prochain. A côté de moi, un couple d’une cinquantaine d’années se résigne également. Je n’y prête guère attention, jusqu’à ce que j’entende le mari crier « assied toi là ! » d’un ton que je n’oserai pas même employer sur mon cocker. La femme s’exécute.
D’une curiosité de badaud, je retire mes écouteurs et tend l’oreille. J’ai du mal à discerner leur conversation, deux greluches de 15 ans entre nous gloussent en cris aigus et stridents. J’entends juste une phrase de l’homme : « je t’aurai frappé pour ça ! ». Aucune plaisanterie dans cette voix là. Le femme, toute habillée en noir, tête basse, les traits marqués par l’avilissement, le visage fermée, le regard éteint, ne bronche pas.
Elle est écrasée. Complètement écrasée, ramassée sur elle-même, le dos comme ployant sous une masse invisible. Je cherche son regard, espérant lui communiquer une vague de soutien, ne serait-ce qu’en lui envoyant une marque d’attention, un sourire compatissant. Mais elle ne lèvera les yeux qu’une seule fois, et devant la stupeur de son expression résigné, du vide terrible que je devine, je reste figé, hélas.
Le deuxième tram arrive. Je profite de la cohue pour me glisser à côté d’eux, mais pas trop proche. Une rangée de personnes seulement m’en sépare. C’est largement suffisant pour entendre distinctement la voix tonitruante du mari. Il lui parle des actualités, de sa vie à lui, de sa vie à elle, mais toujours dans un monologue d’autosuffisance, avec une pleine assurance de lui-même. Régulièrement, elle acquiesce sans dire un mot, toujours tête baissée.
Lui est juste en face de moi. Il regarde dans ma direction ; il ne regarde pas sa femme en parlant. Je l’observe. Son ventre gras dégueule au dessus de son pantalon noir. Une veste de chasse gît misérablement des deux côtés de sa panse, il ne peut manifestement pas la fermer. Son débardeur blanc est recouvert d’une grosse chaîne en or, s’entrecroisant sous sa goule avec des poils luisants collés par la sueur.
Mais sa tête, c’est sa tête qui me captive. Joufflu, énorme, il a pourtant les traits marqués lui aussi. Mais pas de la même façon que son épouse : alors qu’elle a les rides d’une femme qui a vieillit trop vite, lui est marqué d’une autorité sévère et indiscutable. Sa lèvre inférieure, pendante, humide, énorme, me dégoûte. Je ne sais pas si il me regarde. Quand il parle, avec véhémence, j’y lis de la passion, une passion colérique et euphorique, une luxure imposée, une haine effrayante.
Quand il se tait, ses yeux se fixe. Sur moi. Je détourne la tête. Puis, je trouve la force de soutenir son regard, le temps de quelque secondes. Sa face lubrique me terrifie. Je le sens pris de tremblement imperceptible. Je dévie finalement, tétanisé par son courroux, je l’imagine fondre sur moi comme un lion affamé. A cet instant, je ne vois pas que le tram est bondé, je ne réalise pas que je ne risque rien.
Il se remet à parler, encore, des ses exploits à l’atelier de tirs. Puis subitement, il saisit avec force le poignet de sa femme, lui gueule dessus, plonge son regard dans le sien. Elle s’évanouit. Il n’en peut plus, son visage rougit, se convulsionne, puis bleuit. Il la réveille d’une grande claque dans la mâchoire. Il la tire comme un pantin, la relève, la garde empoignée. Elle, je crois l’entendre murmurer « j’ai mal ».
Je me rends compte que le tram, bien que remplie comme jamais, n’a jamais été aussi silencieux. Lui se tait également, le regard planté toujours droit, vers moi. Je ne crois pas qu’il me regarde. Le tram s’arrête, la moitié des voyageurs descendent, quelques-uns montent. Ceux-ci discutent à vive voix, s’étonnent du silence, pour discuter de plus belle. Le tram se détend peu à peu. Je reste stupéfié.
Ils descendent, finalement, à l’arrêt Gambetta. Je descends avec eux. Je ne sais pas pourquoi, mais je me mets à les suivre. Je crois que à ce moment là, je veux aider cette femme. Je ne sais pas encore comment. Peut-être en connaissant leurs adresses, je pourrais aller lui parler plus tard. Ou appeler la police. Mais non, c’est idiot, que pourrais-je leur dire ? Ce ne sont que des gens que j’ai observés dans le tram. Je suis convaincu qu’il la bat, tout le tram l’était bien sûr, mais que puis-je dire de plus ?
Il la tient toujours par le poignet, la traîne derrière lui comme un vulgaire sac de marchandises, ne la regarde même pas. Il marche bien trop vite. Elle coince ses talons dans les pavés, manque de tomber plusieurs fois, mais ne dit rien. Les passants les regarde, un peu choqués, et continuent tranquillement leurs chemins.
Après cinq minutes, ils s’arrêtent, devant un grand bâtiment aux colonnes imposantes. D’une voix calme, jovial, il lui dit simplement « c’est bon ». A ces mots, elle se redresse, arbore un sourire éclatant, se décoiffe rapidement. Elle semble alors rajeunie de 15 ans. Lui a gommé toute trace d’autorité sur son visage, a rentré sa lèvre inférieur, a adouci son regard. Ils rient forts, se congratulent, s’embrassent.
L’homme lui demande si il ne lui a pas trop fait mal, elle lui répond par un sourire gracieux. « Dites moi simplement si je suis prise » lui dit-elle. Il reste songeur un instant. « C’était très concluant, mais il me reste une audition à faire passer. Je vous rappellerai très rapidement, comptez sur moi ». Elle lui sert la main, et disparaît rapidement au coin de la rue du théâtre « Bonvoisin ».
L’homme la regarde partir, un air satisfait aux lèvres. Une autre femme arrive, habillée en noir elle aussi. « Mlle Vigneron ? » lui demande-t-il. Elle acquiesce. Sans se parler, elle comprend que l’audition a déjà commencé. Alors, son dos se courbe, son visage se ferme. Celui de l’homme se durcit, sa lèvre basse se fait plus proéminente, son regard m’effraye à nouveau. Il lui prend le poignet avec force, et lui gueule « Viens, on prend le tram ».
Inscription à :
Articles (Atom)